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Barrages contre les pacifiques

24 juillet 2011

En faisant un bilan de ce 1er semestre 2011, 2 tendances contraires se distinguent :

1. Les victoires inespérées notamment dans la reconnaissance des droits des peuples indigènes, de leur culture et de leur environnement :
– Les Bushmen gagnant leur combat contre le gouvernement botswanais,
– Les gros éleveurs de bœufs brésiliens qui déforestaient illégalement la partie paraguayenne de l’Amazonie, et chassant ainsi des populations qui n’ont jamais été en contact avec les occidentaux de leur territoire, ont été inculpés. Ceci grâce à des images satellites fournies par Survival International.
– Le représentant du président indonésien annonçant l’application de lois en faveur des indigènes et la restitution aux communautés des terres accaparées par les industriels de l’huile de palme. Programme qui aurait paru encore impossible, il y a tout juste quelques mois.
– La Cour Constitutionnelle colombienne qui annulé les autorisations de construction d’une mine, d’une autoroute et d’un barrage en territoires indigènes, faute que les communautés aient été proprement consultées. Cette décision historique en Colombie reconnaît ainsi le droit de ces communautés à un consentement libre, préalable et éclairé au regard de projets les concernant.

2. Les arnaques durables avec la soi-disant « huile de palme durable » que d’aucuns veulent nous faire encore avaler. J’y reviendrai dans un prochain article pour me consacrer ici à la merveille de greenwashing qui sévit actuellement en Amazonie brésilienne et péruvienne avec les plus de 60 projets de barrages hydro-électriques actuellement en cours.

Construire un barrage permet d’utiliser le débit d’eau de rivières pour créer de l’électricité, un peu à la façon dont le mouvement du vent génère l’électricité avec les éoliennes.
Pas d’émission de CO2 lié à la combustion de charbon…
Pas de résidus nucléaires pour lesquels une vraie solution de stockage reste à trouver (sans parler des risques à l’exploitation d’une telle technologie)…
Énergie propre donc ?
Mieux : solution durable d’approvisionnement en énergie pour un pays en pleine croissance économique et démographique qu’est le Brésil ?

C’est en tous les cas ce que le gouvernement brésilien s’entend à faire admettre à son opinion. C’est aussi le projet que des banques et de grandes compagnies (brésiliennes ou européennes et même françaises) du secteur de l’énergie et des équipements vendent au gouvernement brésilien.

Qu’en est-il réellement ?

Pour chaque barrage, des études d’impact environnemental ont été réalisées, elles se révélèrent toutes extrêmement rassurantes quant aux conséquences de ces barrages sur la biodiversité des zones concernées. Très bien ? Oui, si l’on n’est pas fort étonné que les études d’impact soient menées par les compagnies même qui sont en charge de la construction des barrages.On n’est jamais aussi bien servi…

Très bien aussi si l’on considère que certaines omissions d’impacts sont anodines, par exemple :
– les très importantes émissions de méthane (réchauffant l’atmosphère beaucoup plus puissamment que le C02)  qui est produit par la décomposition de la végétation inondée,
– la déforestation nécessaire pour faire place aux routes, mines, cités-dortoirs et champs de soja pour loger et nourrir les ouvriers…,
– l’assèchement des rivières en aval avec l’extinction des espèces de poissons migratoires (dont dépendent les communautés),
– l’érosion plus rapide des berges des rivières…

Des détails en somme. Tout comme ces autres conséquences pour les populations indigènes qui se bornent entre autres à :
– la privation de leurs terres ancestrales,
– leur perte d’accès aux ressources naturelles que sont les rivières et les forêts dont ils dépendent totalement pour leur subsistance,
– leur installation forcée dans des réserves aux construction en dur et en rupture avec leur mode de vie traditionnel,
– la mise en contact avec des populations riveraines qui pose des problèmes de santé publique (contamination par des maladies pour lesquelles leur immunité n’est pas développée, propagation du paludisme, alcoolisme…) accompagnée de son lot de violence, prostitution et drogues (cette situation est d’ailleurs également très préoccupante en Guyane française).

Les barrages hydro-électriques, une fabuleuse manne d’énergie verte et si peu coûteuse ? Certes oui mais à la seule condition de ne pas prendre en compte son coût social et environnemental. On le voit donc certaines simplifications et compartimentations sont pratiques pour certains mais surtout dangereuses pour nous tous.

Nous tous ?
Cela se passe bien à des milliers de kilomètres ? Chez des populations extrêmement différentes de nous, vivant dans un autre temps, ne comprenant pas les vrais grands enjeux de l’Humanité. Finis, dépassés, grands perdants de l’Histoire que ces amérindiens…

3 prénoms. Ruth. Sheyla. Almir.
3 peuples. Ashaninkas. Jurunas. Suruis.
3 causes. Pakitzapango. Belo Monte. Polonoroeste.
1 message.

Ces 3 prénoms sont ceux de 3 chefs améridiens d’Amazonie brésilienne et péruvienne venus donner des conférences en Europe (dont une en France le vendredi 25 février à la Maison de l’Amérique Latine française) pour alerter l’opinion publique sur les conséquences catastrophiques du projet de barrage Bela Monte, en plein coeur de leur territoire et en violation de la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail. Qui sont-ils ?

– Ruth Buendia Mestoquiari, leader du peuple Ashaninka de la communauté de Cutivireni-Rio Ene au Pérou, lutte contre la construction du barrage Pakitzapango qui inondera 100.000 hectares de forêts et déplacera 10.000 Ashaninkas.

– Sheyla Yakarepi Juruna, leader Juruna de la communauté de Boa Vista, lutte contre le barrage Belo Monte sur la rivière Xingu, qie devrait être le 3ème pus grand barrage du monde. Elle fait partie du mouvement de résistance Xingu Vivo Para Sempre soutenu par Amazon Watch dont le site explique très clairement les conséquences du projet de barrage Belo Monte.

– Almir Narayamoga Surui, leader Surui de la communauté du Sete Setembro au Brésil, a lutté contre le programme de développement de l’Amazonie Polonoroeste, financé par la Banque Mondiale, qui résulta en une déforestation massive et la quasi disparition de son peuple. Aujourd’hui, il conduit sa communauté dans un ambitieux projet de reforestation qui se veut un modèle pour tous les peuples amazoniens.Pour son action, Almir a récemment reçu des menaces de mort.

Leurs revendications ?

Ruth : « Mon peuple demande la tranquillité et la paix après avoir été victime du terrorisme du Sentier Lumineux. (…) Nous ne sommes pas contre le développement. »

Sheyla : « Nous ne sommes pas contre le développement, mais nous savons qu’il existe d’autre moyens. C’est un cri de résistance de mon peuple dont la culture va être détruite. »

Sheyla dénonçait la politique du gouvernement de Dilma Roussel (signez la pétition d’Avaaz à son attention) qui venait de donner le feu vert pour la construction du barrage de Belo Monte. Cette tournure politique s’est récemment encore affirmée alors qu’une réforme du Code Forestier brésilien a été approuvée par le Parlement au profit des lobbies agro-industriels. Lobbies qui jouissent  donc de puissants soutiens politiques mais aussi de complicités judiciaires à haut niveau. Ruth expliquait en effet que beaucoup d’irrégularités dans les permis de construire étaient reconnues pas les tribunaux locaux mais que ces jugements étaient ensuite cassés par les tribunaux nationaux. De plus, des campagnes de presse diffamatoires à l’encontre des peuples amazoniens sont régulièrement conduites par les plus importants journaux brésiliens. Au Pérou, le climat n’est guère plus clément et un grave massacre y a même eu lieu il y a 2 ans à Bagua.

Les demandes de recours auprès de l’ONU qui ont été déposées par ces peuples nécessitent l’accomplissement d’un grand nombre de formalités et de longues procédures. Pendant ce temps-là, les permis se multiplient et les constructions avancent en écrasant tout sur leur passage. Leur seul recours : alerter l’opinion publique internationale afin de la rallier à leur cause.

Ruth, Sheyla et Almir

Leur message ?

Ce combat contre les barrages n’est pas celui de petits peuples perdus en forêt et complètement déconnectés du monde. D’une part, la déforestation de l’Amazonie est propre à bouleverser encore plus le climat mondial, avec des conséquences concrètes sur nos vies à nous. D’autre part, et au-delà même de ce type de considérations, les valeurs de paix, de partage et respect de la nature que ces peuples défendent doivent aussi être les nôtres. Ces valeurs sont celles qui permettront à l’Humanité de  sauver le monde. Ces peuples sont donc nos frères de lutte.
Leur combat est le nôtre.
Leur message profondément humaniste, universaliste et pacifiste.

Sheyla : « L’argent ne se mange pas (…) Nous ne défendons pas seulement notre vie, mais celle de tout le monde. »
Almir « Un autre futur est possible, nos savoirs peuvent être mis à contribution pour le construire. Tout ce qui est bon pour mon peuple est bon pour toute l’Humanité.»

Des propos qui gorgent de volonté d’agir et emplissent d’un sentiment de profonde harmonie, de communion entre les Hommes, par-delà leurs différences.

Nous sommes tous des indigènes.

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