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L’huile de palme : du questionnement de notre modèle industriel à la naissance d’un nouveau paradigme (3/3).

27 février 2012

Dans la 1ère partie, nous avons vu que l’huile de palme n’est pas un poison et  que les conséquences sanitaires de sa consommation ne sauraient se résumer à sa concentration en acides gras, mais sont en réalité imputables à son utilisation excessive et exclusive par les industriels de l’agro-alimentaire.Cependant, en 2ème partie nous avons aussi vu que la remplacer par une autre huile, même très pauvre en acides gras saturés, serait tout aussi préjudiciable pour notre santé. Aussi bénéfique que cette huile de remplacement puisse être pour nos artères, elle présenterait nécessairement d’autres inconvénients, l’ingrédient parfait n’existant pas. Si par exemple, elle était très pauvre en une certaine vitamine, sa consommation excessive et exclusive contribuerait à créer une carence en cette vitamine dans la population, et elle se révélerait donc elle aussi néfaste.

Il nous faut donc écarter la solution simpliste, que certains pourraient agiter telle une bien pratique panacée, qui érige comme antidote au « poison » (l’huile de palme) la perfection (supposée) d’une huile de remplacement.

Pour résoudre durablement (à tous les sens du terme), le problème sanitaire soulevé par l’utilisation intensive de l’huile de palme, il faut donc avant tout éliminer un ingrédient toxique majeur pour notre santé (tant physique, que psychologique). Ce vrai poison n’est autre qu’une pratique, sous-tendue par une pensée qui fonde notre modèle industriel, cette pratique systématique et dominante est celle de l’uniformisation extrême. Celle qui annihile la diversité des huiles (mais aussi fruits et légumes, pour ne parler que d’aliments) pour ne plus utiliser qu’une seule huile à tout faire.

L’utilisation qui est faite par les industriels du terme « huile végétale » sur la liste des ingrédients est révélatrice. Qu’est-ce qu’une huile végétale ? Le produit d’extraction par pressage de certaines parties d’un végétal : l’huile d’olive est issue du pressage des olives, l’huile de tournesol du pressage des graines de tournesol et bien-sûr l’huile de palme du fruit des palmiers à huile (Elaeis guineensis). Il existe des centaines et des centaines d’huiles végétales différentes en passant des plus connues comme le maïs et le colza à des huiles plus confidentielles comme l’huile de perilla par exemple. Face donc à l’immense diversité des huiles végétales, quel a été le modus operandi choisi par les industriels ? L’utilisation d’une seule huile pour fournir toute l’industrie alimentaire, mondiale. Une huile et une seule. Et des centaines huiles végétales deviennent « huile végétale ». Du pluriel de la biodiversité au singulier du profit et de l’uniforme comme seule fin.

Et l’uniformisation ne s’arrête pas là. En effet, une fois les différentes huiles éliminées, les industriels se sont employés à éliminer les différences intrinsèques à l’huile de palme. Car cette huile présente une particularité remarquable : sa couleur rouge orangée très intense. S’il faut l’huile la moins chère, il faut aussi la plus neutre possible. Une huile pas chère ET invisible. Il faut du neutre, du sans couleur et sans odeur, du passe-partout.

Et donc, pour être intégrée dans nos produits alimentaires, l’huile de palme est raffinée. Ce processus permet bien d’obtenir une huile inodore et incolore. De l’huile de palme non-huile de palme, finalement. Ce faisant, les industriels font à nouveau un choix aux conséquences négatives pour notre santé. En effet, à l’état non raffiné (dit « vierge »), l’huile de palme est une excellente source de vitamine A car très riche en ses précurseurs, les bêta-carotènes. Ce sont ses bêta-carotènes qui lui donnent sa coloration rouge et qui sont détruits par le raffinage.

Ainsi, les pratiques et conventions de l’industrie, non seulement accentuent les inconvénients de l’huile de palme (lui faisant contribuer à l’excès de notre alimentation en acides gras saturés) mais parviennent aussi à oblitérer les potentiels bénéfices nutritionnels que nous pourrions retirer de sa consommation.

Le coeur du problème n’est donc pas un ingrédient mais le principe présidant à l’usage qui en est fait : exclusif, prédominant, hégémonique même. Principe d’uniformisation qui est dans le cas de l’huile de palme poussée à son paroxysme, procédant d’une double élimination : celle de toutes les huiles végétales au profit d’une seule et unique puis celle de ses particularités au profit d’une huile non-huile.

Pas de différence, pas d’aspérité, pas d’imprévu.

Du régulier, de l’homogène, de l’uniforme.

Les méfaits liés à l’huile de palme, sanitaires ou environnementaux, ne sont donc qu’une conséquence de cette idéologie discrète, efficace et fondatrice de notre modèle industriel qu’est l’uniformisation. Son succès s’appuie sur deux arguments majeurs, l’un économique, l’autre psychologique :

la supposée « rationalisation des coûts » : uniformiser les sources de matière premières permet de diminuer (en apparence) les prix de revient, selon le principe d’économies d’échelle.

– la recherche du conforme, du calibré, de l’identique, du simple (-iste) qui « sécurise » le process industriel tout autant que les consommateurs que nous sommes.

Le produit uniforme rassure par sa permanence, quel que soit l’endroit où le moment, il sera conforme à nos attentes, dans deux jours ou dans dix ans, jamais il ne décevra, jamais il ne nous obligera à supporter voire accepter sa différence. Le produit industriel comme remède au temps qui passe, perfection apaisant notre faillibilité, refuge à notre peur primale de la différence.

Nous pourrions même avancer que la réussite de notre modèle industriel depuis près de 200 ans s’explique autant par les richesses qu’il a efficacement permis d’extraire (plus que de « créer »), que par ce qui se révèle être notre insoutenable désir du même.

Désir plus ou moins conscient qui a présidé à l’industrialisation de la nature : par essence diversifiée, imprévisible, inégale, on la veut productive, mono-clonale, parfaite. Milliers d’hectares de monocultures avec leur variété à plus haut rendement, perfusée de produits chimiques – ces auxiliaires de conformité par excellence. La nature est devenue une industrie comme une autre, on appelle ça l’agriculture moderne. Nous voici ainsi privés de centaines de variétés de pommes, tomates et autres pour des variété productives, invariablement moins riches en nutriments. Nous voici avec les carences et les excès de l’ alimentation industrialisée dont l‘huile de palme offre une parfaite illustration.

Finalement, la question « par quelle huile remplacer l’huile de palme ?» ne fait plus sens. Il nous faut plutôt abandonner le principe même de son utilisation industrielle, principe qui a de manière absurde abouti à l’unicité d’une source de matière grasse végétale pour toute l’industrie agro-alimentaire mondiale. En changeant de paradigme industriel, la question devient « par quelles huiles remplacer l’huile de palme ?»

Imaginons donc que l’huile de palme soit une des huiles utilisées par les industriels avec beaucoup d’autres, piochées parmi la grande diversité des huiles existantes, chacune avec sa composition différente, son profil nutritionnel particulier.

Quel avantage y trouverait-on pour notre santé ?

Dans cette hypothèse, nous en viendrions par exemple à consommer à la fois des huiles contenant beaucoup d’acides gras saturés et d’autres en contenant peu. En conséquent, notre apport en acides gras saturés serait ramené à une moyenne plus faible que le taux élevé propre à l’huile de palme. Ceci étant valable également pour tous les autres nutriments, qu’ils soient néfastes ou bénéfiques d’ailleurs.

Excès et carences sont ainsi impossibles dans une alimentation variée qui est de ce fait équilibrée. Notre santé a tout à gagner de cette diversité. Notre société aussi.

Car si l’eugénisme a fort heureusement disparu de la politique, il pourrait sembler que cette idéologie continue d’infuser subrepticement notre modèle industriel. Toutes les inepties qu’il a justifiées et leurs répercussions autant sociales, économiques qu’environnementales, ont eu un effet profondemment destructeur de diversité, de société, d’humanité et de vie. C’est tout cela qu’il nous faut restaurer.

Comment allons-nous donc basculer vers un nouveau paradigme industriel ?

D’une part en intégrant les coûts sociaux-environnementaux aux calculs de prix de revient, et d’autre part en modifiant nos attentes par rapport aux produits de notre quotidien. Et pour créer les conditions d’une meilleure acceptation de la variabilité et des différences, une seule stratégie est suffisamment puissante : l’éducation.

L’éducation alimentaire et environnementale constituent deux piliers fondamentaux à l’éducation civique, parce que l’enseignement de la diversité des formes biologiques qui a donné lieu à la diversité de traditions et des recettes alimentaires, ne peut qu’inspirer émerveillement autant que respect des différences. Bases sur lesquelles se construit une société soudée et positive.

L’huile de palme a la vertu de nous montrer que l’uniformité est une dictature, la diversité sa démocratie. A nous donc de bâtir un nouveau modèle industriel, un nouveau modèle de société en fait, inspiré du monde vivant qui n’est ni simpliste ni uniforme mais hautement complexe et foisonnant.

Complexité fascinante de la vie où des milliers d’acteurs différents composent des écosystèmes d’inter-relations multiples, diverses et complémentaires, unis dans un équilibre puissant et fragile à la fois. Modèle mouvant et bouillonnant pour la nouvelle révolution que nous allons mener. Celle qui à l’uniformité, nous fait répondre :

Equilibre. Variété. Complémentarité.

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L’huile de palme : du questionnement de notre modèle industriel à la naissance d’un nouveau paradigme (2/3).

30 décembre 2011

Dans la 1ère partie de cet article, nous avons vu que que l’huile de palme est néfaste pour la santé, non pas tant du fait de sa richesse en acides gras saturés, mais de son utilisation intensive par les industriels de l’agro-alimentaire. L’huile de palme n’est donc pas intrinsèquement toxique mais c’est son omniprésence dans les produits alimentaires qui lui fait par trop contribuer à l’excès en acides gras saturés de notre alimentation.

D’aucuns diront alors que nous pourrions remplacer l’huile de palme par une autre huile, une « bonne » huile, choisie pour sa composition pauvre en acides gras saturés. Une fois fois trouvée, cette huile végétale viendrait alors à diminuer notre apport en acides gars saturé. Nos artères occidentales seraient ainsi sauvées.

Solution simple et de mise en œuvre relativement facile pour les fabricants. Solution à laquelle les industriels réfléchissent déjà, en parallèle de leurs tentatives pour faire croire à une huile de palme « durable », huile de soja et de maïs en tête de liste. Cependant, substituer une huile par une autre permettrait-il vraiment d’améliorer notre alimentation ? Cette solution simple ne serait-elle en réalité que simpliste ?

Pour illustrer ce questionnement, prenons par exemple une pomme, une parmi les centaines de variétés qui existent, pas forcément l’inévitable et calibrée Golden. Plutôt donc une belle pomme rouge ou verte, avec ses quelques petites taches et sa forme unique. Quel merveilleux fruit pour la santé, riche en fibres, en vitamines et en puissants anti-oxydants. Peu caloriques, les pommes contiennent aussi de la pectine qui permet de réduire le taux cholestérol sanguin. Le raisonnement simple qui  découle de ces remarquables propriétés, peut se résumer par l’adage anglo-saxon « An apple a day keeps the doctor away », soit : consommer régulièrement des pommes est bon pour la santé.

La pomme est excellente pour la santé et aucun point négatif à évoquer, pas le moindre acide gras saturé dans sa composition. Cette pléthore de de bénéfices en fait-elle définitivement LE fruit parfait ? Pourquoi donc continuer à manger d’autres fruits, d’autres aliments même ? Finalement, la pomme est si bénéfique qu’elle garantit à elle seule une alimentation saine. Eliminons tout ce qui n’est pas pomme.

Nous voilà passé du simple au simpliste, car pour excellentes que les pommes soient, ne manger plus qu’elles, à l’exclusion de tout autre aliment, ferait immanquablement jour au bout de quelques semaines à de graves carences (en vitamines, en acides gras et acides aminées essentiels notamment). Un régime basé uniquement sur un seul aliment, même aussi incroyablement sain que la pomme, conduirait donc in fine à des problèmes de santé très graves. Consommer exclusivement des pommes est mauvais pour la santé.

Du simple au simpliste, un petit pas bien souvent franchi, du bénéfique au néfaste.

L’exemple de la pomme illustre donc la quête illusoire d’aliment parfait autant que l’inconséquence qui consiste à privilégier outrageusement un aliment ou même un ingrédient au détriment d’aux autres.

Il en est de même quant à l’huile de palme et son remplacement par une « bonne huile » qui soit très pauvre en acide gras saturés. A partir du moment où cette « bonne huile » deviendra consommée de manière exclusive et régulière dans notre notre alimentation, et selon que sa composition spécifique soit riche en tel nutriment et moins en tel autre, elle participera notablement aux excès et carences en tel nutriment et tel autre.

Pas plus que la pomme n’est un fruit parfait, aucune huile végétale n’est parfaite. Elles sont toutes différentes avec leurs avantages et leur inconvénients. Ainsi l’utilisation massive qui est actuellement faite de l’huile de palme, autant que sa substitution tout aussi massive par une autre huile, sont autant de pied-de-nez au bon sens. Celui par lequel, nous savons qu’une alimentation saine est avant tout une alimentation variée, nullement basée sur certains aliments ou ingrédients mais sur un grand nombre d’entre eux.

Pas d’huile bonne ou mauvaise donc, mais un grand nombre d’huiles différentes, chacune avec ses caractéristiques. Nul manichéisme ni simplification abusive dans le monde vivant, mais une déclinaison quasi-infinie des différences. Remplacer l’huile de palme par une « huile parfaite » est donc voué à l’échec.

Une telle réponse au problème sanitaire soulevé par l’huile de palme, n’est rien d’autre qu’une perpétuation de la même erreur, celle d’une approche simpliste immanquablement néfaste pour la santé.

Finalement, plus même que l’huile de palme, il reste bel est bien un ingrédient à proscrire absolument de notre alimentation. Ingrédient majeur de notre modèle industriel.

Ingrédient toxique s’il en est.

A suivre….

L’huile de palme : du questionnement de notre modèle industriel à la naissance d’un nouveau paradigme (1/3)

18 décembre 2011

Les ravages sociaux et écologiques provoqués par la culture d’huile de palme ne font aucun doute du coté des pays producteurs. De notre coté des pays consommateurs, les conséquences sur la santé  commencent à poser question.

En effet, tout comme les graisses animales, l’huile de palme est riche en acide gras saturés, dont la consommation excessive participe au développement des maladies cardio-vasculaires, et moins riche en acides gras insaturés (type oméga 3) aux effets cette fois-ci bénéfiques pour le cœur.

L’huile de palme n’est cependant pas la seule huile végétale dans ce cas, l’huile de noix de coco par exemple, contient aussi une grande proportion d’acides gras saturés. Pourtant, du point de vue épidémiologique, c’est l’huile de palme et non de coco qui représente le plus grand risque d’ordre cardio-vasculaire. Pourquoi ?

Est-ce en raison de sa composition nutritionnelle, qui serait intrinsèquement et de très loin pire que celle de toutes les autres huiles végétales ? L’huile de palme serait donc purement et simplement un poison à bannir de nos assiettes ?

Ou bien, le vrai problème sanitaire posé par l’huile de palme ne serait-il pas celui de la place qu’elle occupe dans notre alimentation ? Son coût de revient étant très bas, cette huile est devenue la matière grasse favorite de l’industrie agro-alimentaire. Sous l’appellation discrète d’ « huile végétale », elle est de tous les biscuits, pâtes à tartiner, pains de mie pour ne citer que quelques exemples. Ceci en dépit de la grande variété des huiles végétales existantes, quasiment même à l’exclusion de toutes celles-ci. Nous consommons ainsi l’huile de palme à notre insu, de manière quotidienne et dans un grand nombre de nos aliments.

De ce fait, l’huile de palme constitue la source végétale quasi exclusive d’acides gras de notre alimentation. Elle est riche en acides gras saturés donc notre alimentation est riche en acides gras saturés. Ses acides gras sont pour ainsi dire, nos acides gras.

C’est donc cette place prédominante monopolistique même, dans notre alimentation et non la composition, pour riche qu’elle soit en acides gras saturés, qui est si problématique. Et finalement, l’on peut même dire qu’en soi, l’huile de palme n’est ni bonne, ni mauvaise. C’est son usage qui la rend nocive et ainsi, pour paraphraser Paracelse nous dirions :

L’huile de palme n’est pas un poison. Le poison est dans la dose.

Citation exacte : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose fait qu’une chose n’est pas un poison. » Paracelse, Le mal français.(1529).

Ce qui est mauvais pour la santé ce n’est pas l’huile de palme en soi mais l’utilisation exclusive d’une seule et même matière par tous les industriels, pour tous leurs produits.

Soit. Mais si l’huile de palme ne mérite donc pas d’être vouée aux gémonies alimentaires, il n’en demeure pas moins que cette huile présente un profil nutritionnel qui ne convient pas à notre alimentation. Et par conséquent, ne faudrait-il donc pas activement rechercher une autre huile végétale, moins riche en acides gras saturés et plus riche en acides gras insaturés bénéfiques ?

Imaginons donc que nous substituions l’huile de palme par une huile végétale pauvre en acides gras saturés ? Que nous trouvions une « bonne » huile pour remplacer la « mauvaise ».

Les conséquences sur notre santé seraient-elles vraiment optimales ?

A suivre…

La théorie du rendement

6 novembre 2011

Pourquoi l’huile de palme est-elle devenue une des matières premières favorites des industriels de différents secteurs (alimentation, carburant, cosmétiques) ?

Pour la simple (et mauvaise) raison que son coût de revient est très faible – coût purement économique s’entend,  à exclusion du coût social et environnemental – qui s’explique par l’extraordinaire rendement de la variété de palmier dont elle est issue.

Une plantation de palmier à huile produit de l’ordre de 6 tonnes/hectare/an, rendement très supérieur à celui d’autres huiles végétales répandues et qui la distingue tout particulièrement parmi ses principaux « concurrents » : soja, colza et tournesol.

Les partisans de l’huile de palme s’empressent alors d’avancer qu’un tel rendement permet de limiter l’utilisation de terres cultivées, de produire plus efficacement en somme. Argument imparablement assorti de celui d’une population mondiale grandissante : y’aura-t-il assez de terres pour nourrir toutes ces bouches ? Regardez ! Des millions de gens meurent déjà de faim aujourd’hui, imaginez quand nous seront 9 milliards !

En effet, à quantité égale d’huile produite, il faut moins d’hectares de palme que de colza par exemple. En théorie, ce meilleur rendement devrait donc épargner des forêts de leur transformation en terres cultivées.

Cependant, ce raisonnement qui se veut très rationnel, voire scientifique, est totalement contredit par l’histoire même de l’utilisation de l’huile de palme qui montre que cette culture, pour rentable qu’elle soit, a toujours progressé et continue de progresser, au détriment des forêts. Les multinationales productrices d’Asie du Sud-Est s’étendent désormais de plus en plus en Afrique et Amérique Latine, où elles acquièrent régulièrement des terres à coup de milliers d’hectares.

Pourquoi ?

Parce que choisir une matière uniquement en raison de son plus faible coût brut en accroîtra toujours la demande. Pourquoi payer plus de l’huile de Tournesol alors que je peux baisser encore mes coûts de revient avec de la Palme ? Ainsi, même avec un très haut niveau de rendement d’une matière, il faudra toujours en mettre davantage sur le marché. Toujours plus de plantations, toujours moins de forêts.

In fine, c’est justement PARCE QUE le palmier à huile a un si fort rendement, un tel intérêt économique, que son expansion a été aussi extraordinaire, provoquant un véritable désastre écologique dans toutes les régions où il est cultivé.

Enfin, pour ceux qui s’inquiètent (sincèrement) du problème des terres cultivables, il faut préciser que ce n’est pas tant le manque de terres arables qui constitue un problème pour l’agriculture du XXIème siècle que la façon dont les terres sont exploitées.

Elevages intensifs où les animaux sont littéralement gavés de soja, dont la production s’étend aussi aux dépends des forêts, pesticides et engrais chimiques qui provoquent des maladies graves chez les agriculteurs, polluent les nappes phréatiques et détruisent de concert avec la déforestation leur biodiversité environnante (abeilles ici, orang-outangs là-bas), détournements des terres dévolues aux cultures vivrières dans les pays où sévit la famine pour des cultures de rente exportées dans les pays où l’on meurt de trop mangerVoilà quelques-uns des vrais problèmes de l’agriculture mondiale.

Vrais problèmes auquel s’ajoute celui de la culture intensive de palmier à huile.

Non, le rendement d’une culture, aussi impressionnant soit-il, n’a jamais été un rempart pour les forêts mais tout simplement leur arrêt de mort.

La théorie du rendement est donc belle est bien celle du rende-mensonge.

La vie de Wangari

26 septembre 2011

C’est avec grande tristesse que j’écris ces lignes car Wangari Muta Maathai est décédée. Connue pour être le Prix Nobel de la Paix 2004, cette femme exceptionnelle avait dédié sa vie  à la lutte pour la démocratie et à la reforestation de son pays natal, le Kenya, puis de plusieurs autres pays africains.


Jeune scientifique brillante ayant étudié aux Etats-Unis, elle a très rapidement décidé de s’engager politiquement dans son pays, luttant contre les pratiques de déforestation et la corruption, autant que pour le droit des femmes. La prison et les intimidations en tout genre ne l’empêchèrent jamais de vivre pleinement ses idées.

C’est en observant combien les paysages de son enfance s’étaient modifiés et combien les habitants souffraient des conséquences qu’elle a commencé à travailler avec eux pour inverser le cours apparemment implacable des choses. Elle fonda ainsi le Green Belt Movement qu’on estime à l’origine de 47 millions d’arbres plantés en près de 35 ans.

Œuvre incroyable, vie incroyable.  La lecture de son autobiographie, m’a profondément bouleversée et me donne beaucoup de courage quand il vient à manquer. Wangari Muta Maathai était un être si passionné qu’il est impossible d’en parler au passé.

Il est en effet des vies si puissantes, si intrépides et si généreuses, qu’elles continueront de galvaniser pour toujours l’esprit de ceux qu’elles ont éclairés, de battre pour toujours dans le cœur de ceux qu’elles ont touchés.

La vie de Wangari est bien de celles-ci.

Barrages contre les pacifiques

24 juillet 2011

En faisant un bilan de ce 1er semestre 2011, 2 tendances contraires se distinguent :

1. Les victoires inespérées notamment dans la reconnaissance des droits des peuples indigènes, de leur culture et de leur environnement :
– Les Bushmen gagnant leur combat contre le gouvernement botswanais,
– Les gros éleveurs de bœufs brésiliens qui déforestaient illégalement la partie paraguayenne de l’Amazonie, et chassant ainsi des populations qui n’ont jamais été en contact avec les occidentaux de leur territoire, ont été inculpés. Ceci grâce à des images satellites fournies par Survival International.
– Le représentant du président indonésien annonçant l’application de lois en faveur des indigènes et la restitution aux communautés des terres accaparées par les industriels de l’huile de palme. Programme qui aurait paru encore impossible, il y a tout juste quelques mois.
– La Cour Constitutionnelle colombienne qui annulé les autorisations de construction d’une mine, d’une autoroute et d’un barrage en territoires indigènes, faute que les communautés aient été proprement consultées. Cette décision historique en Colombie reconnaît ainsi le droit de ces communautés à un consentement libre, préalable et éclairé au regard de projets les concernant.

2. Les arnaques durables avec la soi-disant « huile de palme durable » que d’aucuns veulent nous faire encore avaler. J’y reviendrai dans un prochain article pour me consacrer ici à la merveille de greenwashing qui sévit actuellement en Amazonie brésilienne et péruvienne avec les plus de 60 projets de barrages hydro-électriques actuellement en cours.

Construire un barrage permet d’utiliser le débit d’eau de rivières pour créer de l’électricité, un peu à la façon dont le mouvement du vent génère l’électricité avec les éoliennes.
Pas d’émission de CO2 lié à la combustion de charbon…
Pas de résidus nucléaires pour lesquels une vraie solution de stockage reste à trouver (sans parler des risques à l’exploitation d’une telle technologie)…
Énergie propre donc ?
Mieux : solution durable d’approvisionnement en énergie pour un pays en pleine croissance économique et démographique qu’est le Brésil ?

C’est en tous les cas ce que le gouvernement brésilien s’entend à faire admettre à son opinion. C’est aussi le projet que des banques et de grandes compagnies (brésiliennes ou européennes et même françaises) du secteur de l’énergie et des équipements vendent au gouvernement brésilien.

Qu’en est-il réellement ?

Pour chaque barrage, des études d’impact environnemental ont été réalisées, elles se révélèrent toutes extrêmement rassurantes quant aux conséquences de ces barrages sur la biodiversité des zones concernées. Très bien ? Oui, si l’on n’est pas fort étonné que les études d’impact soient menées par les compagnies même qui sont en charge de la construction des barrages.On n’est jamais aussi bien servi…

Très bien aussi si l’on considère que certaines omissions d’impacts sont anodines, par exemple :
– les très importantes émissions de méthane (réchauffant l’atmosphère beaucoup plus puissamment que le C02)  qui est produit par la décomposition de la végétation inondée,
– la déforestation nécessaire pour faire place aux routes, mines, cités-dortoirs et champs de soja pour loger et nourrir les ouvriers…,
– l’assèchement des rivières en aval avec l’extinction des espèces de poissons migratoires (dont dépendent les communautés),
– l’érosion plus rapide des berges des rivières…

Des détails en somme. Tout comme ces autres conséquences pour les populations indigènes qui se bornent entre autres à :
– la privation de leurs terres ancestrales,
– leur perte d’accès aux ressources naturelles que sont les rivières et les forêts dont ils dépendent totalement pour leur subsistance,
– leur installation forcée dans des réserves aux construction en dur et en rupture avec leur mode de vie traditionnel,
– la mise en contact avec des populations riveraines qui pose des problèmes de santé publique (contamination par des maladies pour lesquelles leur immunité n’est pas développée, propagation du paludisme, alcoolisme…) accompagnée de son lot de violence, prostitution et drogues (cette situation est d’ailleurs également très préoccupante en Guyane française).

Les barrages hydro-électriques, une fabuleuse manne d’énergie verte et si peu coûteuse ? Certes oui mais à la seule condition de ne pas prendre en compte son coût social et environnemental. On le voit donc certaines simplifications et compartimentations sont pratiques pour certains mais surtout dangereuses pour nous tous.

Nous tous ?
Cela se passe bien à des milliers de kilomètres ? Chez des populations extrêmement différentes de nous, vivant dans un autre temps, ne comprenant pas les vrais grands enjeux de l’Humanité. Finis, dépassés, grands perdants de l’Histoire que ces amérindiens…

3 prénoms. Ruth. Sheyla. Almir.
3 peuples. Ashaninkas. Jurunas. Suruis.
3 causes. Pakitzapango. Belo Monte. Polonoroeste.
1 message.

Ces 3 prénoms sont ceux de 3 chefs améridiens d’Amazonie brésilienne et péruvienne venus donner des conférences en Europe (dont une en France le vendredi 25 février à la Maison de l’Amérique Latine française) pour alerter l’opinion publique sur les conséquences catastrophiques du projet de barrage Bela Monte, en plein coeur de leur territoire et en violation de la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail. Qui sont-ils ?

– Ruth Buendia Mestoquiari, leader du peuple Ashaninka de la communauté de Cutivireni-Rio Ene au Pérou, lutte contre la construction du barrage Pakitzapango qui inondera 100.000 hectares de forêts et déplacera 10.000 Ashaninkas.

– Sheyla Yakarepi Juruna, leader Juruna de la communauté de Boa Vista, lutte contre le barrage Belo Monte sur la rivière Xingu, qie devrait être le 3ème pus grand barrage du monde. Elle fait partie du mouvement de résistance Xingu Vivo Para Sempre soutenu par Amazon Watch dont le site explique très clairement les conséquences du projet de barrage Belo Monte.

– Almir Narayamoga Surui, leader Surui de la communauté du Sete Setembro au Brésil, a lutté contre le programme de développement de l’Amazonie Polonoroeste, financé par la Banque Mondiale, qui résulta en une déforestation massive et la quasi disparition de son peuple. Aujourd’hui, il conduit sa communauté dans un ambitieux projet de reforestation qui se veut un modèle pour tous les peuples amazoniens.Pour son action, Almir a récemment reçu des menaces de mort.

Leurs revendications ?

Ruth : « Mon peuple demande la tranquillité et la paix après avoir été victime du terrorisme du Sentier Lumineux. (…) Nous ne sommes pas contre le développement. »

Sheyla : « Nous ne sommes pas contre le développement, mais nous savons qu’il existe d’autre moyens. C’est un cri de résistance de mon peuple dont la culture va être détruite. »

Sheyla dénonçait la politique du gouvernement de Dilma Roussel (signez la pétition d’Avaaz à son attention) qui venait de donner le feu vert pour la construction du barrage de Belo Monte. Cette tournure politique s’est récemment encore affirmée alors qu’une réforme du Code Forestier brésilien a été approuvée par le Parlement au profit des lobbies agro-industriels. Lobbies qui jouissent  donc de puissants soutiens politiques mais aussi de complicités judiciaires à haut niveau. Ruth expliquait en effet que beaucoup d’irrégularités dans les permis de construire étaient reconnues pas les tribunaux locaux mais que ces jugements étaient ensuite cassés par les tribunaux nationaux. De plus, des campagnes de presse diffamatoires à l’encontre des peuples amazoniens sont régulièrement conduites par les plus importants journaux brésiliens. Au Pérou, le climat n’est guère plus clément et un grave massacre y a même eu lieu il y a 2 ans à Bagua.

Les demandes de recours auprès de l’ONU qui ont été déposées par ces peuples nécessitent l’accomplissement d’un grand nombre de formalités et de longues procédures. Pendant ce temps-là, les permis se multiplient et les constructions avancent en écrasant tout sur leur passage. Leur seul recours : alerter l’opinion publique internationale afin de la rallier à leur cause.

Ruth, Sheyla et Almir

Leur message ?

Ce combat contre les barrages n’est pas celui de petits peuples perdus en forêt et complètement déconnectés du monde. D’une part, la déforestation de l’Amazonie est propre à bouleverser encore plus le climat mondial, avec des conséquences concrètes sur nos vies à nous. D’autre part, et au-delà même de ce type de considérations, les valeurs de paix, de partage et respect de la nature que ces peuples défendent doivent aussi être les nôtres. Ces valeurs sont celles qui permettront à l’Humanité de  sauver le monde. Ces peuples sont donc nos frères de lutte.
Leur combat est le nôtre.
Leur message profondément humaniste, universaliste et pacifiste.

Sheyla : « L’argent ne se mange pas (…) Nous ne défendons pas seulement notre vie, mais celle de tout le monde. »
Almir « Un autre futur est possible, nos savoirs peuvent être mis à contribution pour le construire. Tout ce qui est bon pour mon peuple est bon pour toute l’Humanité.»

Des propos qui gorgent de volonté d’agir et emplissent d’un sentiment de profonde harmonie, de communion entre les Hommes, par-delà leurs différences.

Nous sommes tous des indigènes.

Bush(men) de là !

20 février 2011

Chapeau bas au Bushmen qui ont gagné leur combat contre l’Etat (de quels droits ?) du Botswana.

© Survival

Le gouvernement de ce pays d’Afrique australe leur avait purement et simplement interdit d’utiliser l’eau des puits existants sur leur territoire (construits par leurs ancêtres) ou même d’en construire de nouveaux. Les Bushmen vivant dans une réserve, les autorités souhaitaientt réserver les puits aux animaux pour garantir des photos de safari plus jolies. Bons baisers du Kalahari…

Oui, vous avez bien lu. Cela est tellement révoltant que l’on a peine à croire que de pareilles injustices aient encore cours. Malheureusement le Kalahari n’a pas le monopole de ce problème. Ce thème de la spoliation des droits d’accès à l’eau a été traité récemment dans le très bon film : Même la pluie, qui évoquait une situation analogue en Bolivie.

Cette victoire ô combien stimulante est une oeuvre collective (ah… le co-llec-tif !) portée par :

– le courage et la ténacité des Bushmen,

– l’intégrité des juges de la Cour d’Appel du Botswana,

– l’engagement d’associations comme Survival qui se battent pour la reconnaissance des droits des peuples indigènes,

– l’appui de l’opinion internationale qui par le biais notamment de pétitions participe à rétablir le déséquilibre entre David et Goliath.

Cette excellente nouvelle n’est cependant qu’une trêve pour les Bushmen qui ont d’autres combats à mener pour préserver leur habitat : contre l’installation d’un lodge de luxe sur leurs terres par Wilderness Safaris (par ici la pétition) et contre l’implantation d’un gisement diamentifère par Gem Diamonds (là encore un film comme Blood Diamond illustre bien les ravages de ce type d’exploitation sur un pays, non seulement environnementaux mais aussi politiques). Cela va sans dire que ces 2 compagnies ont d’ores et déjà reçu la bénédiction du gouvernement botswanais. On en attendait pas moins de sa part.

En tous les cas, cette 1ère victoire conforte les droits des Bushmen et donne un échos puissant à leur cause. Les instigateurs de ces projets absurdes n’auront en aucun cas les coudées franches. La partie ne leur est plus gagnée d’avance.

Il n’y a plus donc de « petits » peuples, de petites communautés seules contre leur gouvernement, de causes perdues, d’injustices ignoblement discrètes ou lointaines.

Ce temps-là est fini.

Celui de la conscience, de l’action et de la justice, est là et bien là.

Oui, chapeau et merci aux Bushmen de nous rappeler par leur combats qu’il nous faut rester vigilants, déterminés et présents au monde.

Pour une vie qui vaille la peine d’être vécue et partagée.

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